Dès 1940, certains militaires de carrière, démobilisés par l’armistice du 22 juin 1940, rejoignent les forces alliées en Angleterre ou en Afrique du nord. Leur premier souci est de constituer un réseau de passage de la frontière pyrénéenne. Dans ce but, ils prennent contact avec des officiers spécialistes du renseignement ou avec les agents du B.C.R.A. et se structurent peu à peu. Le réseau Maurice est parfaitement représentatif de cette démarche.

Le réseau réunit, dans un premier temps, quelques cadres des services de renseignement français, comme les capitaines Paillole et Pivet, ou le général Maurice Mollard (auquel on rend hommage après son arrestation en 1943 en baptisant ce réseau anonyme de son prénom), ainsi qu’un important contingent de cavaliers en activité ou réservistes. Puis, il s’ouvre à d’autres catégories de militaires.

Le réseau attire immédiatement l’attention des alliés, d’abord, en raison de son efficacité, ensuite, parce qu’il procède lui-même à la sélection des candidats, tous militaires professionnels. Il bénéficie ainsi d’aides financières et matérielles importantes, de la part de Londres. Durant ses premiers mois d’activité, en 1942, il utilise surtout des filières qui traversent la Catalogne, puis, il développe sa trame sur toute la longueur de la frontière, principalement en Ariège et dans les Basses-Pyrénées. Il est alors un des principaux réseaux de passage de l’ORA.

Les principales voies de l’antenne basco-béarnaise, sont placées sous les ordres du commandant (puis colonel) Pouey-Sanchou et du commandant Fatigue. Elles passent par Oloron, les vallées d’Aspe et d’Ossau, Tardets et la forêt d’Iraty. D’excellents résultats y sont enregistrés, avec plusieurs centaines de passages d’agents de renseignements des services secrets alliés.

La ligne d’Arudy est particulièrement sollicitée en 1943, lorsque le commandant Conze, responsable tarbais, décide d’y faire converger les militaires originaires de la région de Toulouse. Les candidats sont rassemblés à l’Hôtel des Sports, avant d’être conduits à la frontière par la vallée d’Ossau.

Cependant, malgré les précautions, plusieurs convois sont victimes d’arrestations et de trahisons. C’est notamment le cas sur la ligne Navarrenx-Tardets-Licq-Arette, au printemps 1943, puis surtout en juillet, avec le retournement d’un passeur, D.E., ouvrier espagnol travaillant dans les chantiers d’altitude. Sa trahison provoque, non seulement, l’arrestation de deux convois d’évadés et leur déportation, mais aussi, la neutralisation d’une partie du réseau, en France comme en Espagne. Après ce retentissant échec, les cadres du réseau imposent une nouvelle mesure de sécurité, l’authentification par un demi-billet de cinq francs, déchiré à Toulouse par le chef de convoi, remis par l’évadé au passeur lors de son arrivée en Espagne et restitué enfin au chef de convoi, qui possède l’autre moitié, afin de justifier la réussite de l’opération (donc le salaire à recevoir).

                        Claude Laharie