Lors du débarquement du 8 novembre 1942, les effectifs français sont limités. Il devient nécessaire d'envisager l'incorporation de femmes volontaires dans les services auxiliaires de l'armée.

De grandes affiches vont être placardées dans les rues du Maroc et de l'Algérie, puis à Tunis après la libération de l'occupation allemande. Ces affiches représentaient une jeune fille blonde et une jeune fille brune, militaire, avec la légende : "Jeunes filles, engagez-vous, votre place dans les bureaux permettra à un homme de prendre les armes pour reformer notre armée".

L'afflux de ces volontaires fut considérable. Triées et choisies avec le plus grand soin, aussi bien pour leurs compétences que pour leurs qualités morales, les femmes du corps expéditionnaire français, depuis le premier jour jusqu'à la fin de la campagne d'Italie ont fait preuve d'une tenue magnifique.

Poussées par la même flamme que les hommes, par le même idéal patriotique, augmenté d'être en terre étrangère, loin de la France occupée, ces Françaises se sont engagées volontaires pour la durée de la guerre. Certaines n'avaient pas 18 ans mais la classe 45 était la première admise au recrutement. Nous allions vivre confondues dans le meilleur esprit de camaraderie, appartenant à toutes les classes de la société, jeunes filles du peuple ou portant les plus grands noms de l'armorial.

Officiers et soldats du C.E.F., moqueurs et sceptiques au début de la campagne, se sont bientôt inclinés avec respect devant ces camarades "au féminin".

Rien ne nous obligeait à quitter notre famille. Nous aurions pu rester tranquillement à regarder de loin les événements se dérouler. Les combattants hommes mobilisés en Afrique et rejoints par tous ceux qui avaient répondu à l'appel du général de Gaulle feraient leur devoir. Mais voilà, pour la première fois dans l'histoire, la patrie faisait appel à ses filles. Pouvait-on rester insensible ? La Lorraine que j'étais ne pouvait répondre que "présente".

En accord avec le général de Gaulle, le général Merlin avait créé à Alger, dès février 1943, le corps féminin des transmissions. Le surnom de "Merlinettes" était lancé. Ces jeunes filles, engagées volontaires pour la durée de la guerre, allaient faire partie du corps expéditionnaire français en Italie en qualité de simples soldats. Les jeunes femmes déjà incorporées, qui venaient du Maroc ou d'Algérie, après une visite médicale très sérieuse et des tests d'aptitude préalables à la formation d'opératrices des transmissions, faisaient leur instruction à Hydra (Alger).

Engagées sitôt la libération de Tunis par les Alliés en mai 1943, nous étions internes au lycée Armand Fallières, à Tunis, sous le commandement du capitaine Delorme (père blanc de Carthage), aumônier général de toutes les troupes d'Afrique du Nord, particulièrement sévère sur la bonne moralité de ses "ouailles". "Vous oubliez votre condition féminine, vous devenez des soldats", dira-t-il dès le début. La mutation dans la peau d'un garçon ne se fera pas sans mal, l'égalité des sexes n'avait pas encore vu le jour. Finis la coquetterie, le maquillage, etc.

Déclarées "bonnes pour le service", nous étions strictement soldats de deuxième classe, classe 45, incorporées au 44e bataillon de transmissions de Tunis.

Tous les matins durant quatre mois, nous allions suivre des cours des trois disciplines des transmissions : radio, télétypiste, standardiste… Nos instructeurs du génie nous formaient avec patience et compétence. Ils nous apprirent même les installations des postes de communication. Nous montions dans les arbres (faute de pylônes) pour tirer les lignes aériennes. Les épissures devaient être parfaites.

Nous étions de véritables petits sapeurs. Rapidité et dextérité seraient primordiales dans la fonction qui allait être la nôtre : transmettre principalement les messages codés.

Les après-midi étaient réservés aux exercices physiques... tous les entraînements destinés aux "bleus" nous étaient imposés... l'enseignement militaire nous était dispensé avec vigueur. Nous avons été habillées en civil jusqu'au jour où un tailleur militaire vint prendre nos mesures pour confectionner nos uniformes de "soldats". Il coupait des jupes pour la première fois dans l'armée... Notre première permission chez nos parents en tenue fut aussi celle de l'au revoir. "Faites en sorte de faire respecter l'uniforme que vous portez", avait ajouté le Père Delorme.

Après cinq mois, fin prêtes en technique, théorie et pratique, nous allions quitter Tunis pour Alger, mutées au 45e bataillon de transmissions, en vue de regrouper toutes celles qui partiraient au C.E.F.

Le rassemblement sous les tentes installées à Hydra, sur les hauteurs d'Alger, nous fit découvrir cet amalgame de tous les services du C.E.F. réunis dans un même esprit, un même idéal. Nous n'allions pas être les combattantes de première ligne, mais nous porterions sur notre cœur le même insigne en cuivre, le coq gaulois qui se dressait sur ses ergots. Nous allions représenter un seul et unique soldat, le soldat de l'Armée Française d'Italie de 1944.

A Hydra, l'entraînement physique sera intensif. Nous embarquerons sur un transport de troupes anglais. Dorénavant, nous appartenons à la compagnie 807 des transmissions du C.E.F.I.

Après la campagne d'Italie, ce fut l'épopée de la Première Armée Française et le général d'armée Jean de Lattre de Tassigny pouvait écrire :

"Les volontaires féminines de la Première Armée, quelle que fût leur tâche, obscure ou exaltante, ont fait preuve d'un dévouement souriant, d'un zèle sans défaillance, certaines d'un héroïsme magnifique. Elles peuvent être fières de la part qu'elles ont prise à notre victoire. Que demain sous l'uniforme encore ou de retour dans leurs foyers elles restent intimement fidèles à l'esprit de l'armée "Rhin et Danube". Ainsi continueront-elles à bien servir la France. 

http://babelouedstory.com/thema_les/debarquement_provence/9505/9505.html

Hiver 1942 en Afrique du Nord. Le général Lucien Merlin commande les transmissions des trois armées. C'est à son initiative qu'une campagne de recrutement atypique est lancée par voie d'affichage. A travers la Tunisie, l'Algérie et le Maroc, des visages féminins et slogans accrocheurs recouvrent les murs des villes et des villages : "Pour libérer la France. Françaises, venez au Corps Féminin des Transmissions" ou "Françaises, engagez-vous dans les Transmissions". Le but de l'opération : inciter les femmes à venir gonfler les rangs du Corps féminin des transmissions (CFT). Les volontaires engagées au sein de ce corps auxiliaire sont bientôt surnommées "Les Merlinettes", renvoyant au patronyme de leur créateur.

 1 275 opératrices

Une incorporation devenue nécessaire, explique l'historien Luc Capdevila, spécialiste de la guerre et du genre en France : "Le recrutement des femmes dans les armées intervient à une période de pénurie drastique du point de vue des ressources humaines. Les femmes sont donc recrutées pour soulager les hommes d'autres tâches : combats et gros-œuvre, c'est-à-dire travaux liés à la logistique et aux infrastructures." Ainsi, les Merlinettes assurent les transmissions de données en occupant les postes d'électriciennes, téléphonistes, opératrices radio, standardistes, baudotistes ou encore télétypes. 1 275, c'est l'effectif initial du CFT, réparti au sein des trois armées (Terre, Air et Marine). Le CFT a une particularité, souligne le chercheur : "C'est la première fois qu'un corps spécifique de femmes soldats sans missions qui relèvent d'un corps traditionnel est créé." Auparavant, les femmes œuvraient surtout dans le domaine sanitaire, en tant qu’ambulancières, infirmières ou secrétaires. Autre spécificité de ce corps selon Luc Capdevila, "c'est qu'il existe en son sein, des commandements intermédiaires dirigés par une femme et un homme, tandis que le reste de la hiérarchie est exclusivement masculine", ajoute-t-il.

Le CFT et la féminisation des rangs

"Il fallait deux femmes pour remplacer un homme." C'est lors de ses recherches sur le rôle des femmes dans l'armée que le chercheur tombe sur cette citation inscrite dans une note de l'armée de l'Air. Des mots issus de la plume d'un phallocrate ? Pas si sûr selon l'historien : "Ces quelques mots sont le reflet de la mentalité de l'époque." Ce slogan qui apparaît sur les affiches marouflées en Afrique du Nord confirme la tendance : "Jeunes filles, engagez-vous, votre place dans les bureaux permettra à un homme de prendre les armes pour reformer notre armée". Quoiqu'il en soit, en avril 1944, on dénombre 1 095 Merlinettes, dont 37 officiers et 121 sous-officiers. 377 participent à la campagne d'Italie et font partie intégrante du corps expéditionnaire français du général Juin. 150 opératrices prennent part à la campagne de Tunisie. Lors du débarquement de Provence et de l'opération Anvil Dragoon, elles suivent les forces françaises de Libération.

In fine, le Corps féminin des transmissions illustre l'engagement spontané des femmes dans l'Armée française de Libération. Avec le Service de santé des armées, l'arme des transmissions est la première armée à féminiser les rangs. Luc Capdevila décrit "une rupture dans la représentation de la femme patriote" et "un processus d'émancipation féminine comme gage de citoyenneté".

Sources :

http://www.fondationmarechaldelattre.fr/images/texte/DP13.pdf