Mémoires d'un artilleur

10 octobre 2016

Leningrad, URSS, 1933

En 1933, Eugénie Soulié, écrivain sous le nom de Pierre Besbre, a fait une croisière en Mer du Nord et Baltique. Voici son récit de son passage à Leningrad.

11 août.

Nous devions arriver à Pétrograd à 6h mais nous avons beaucoup de retard. Il pleut ; la mer est jaunâtre, comme boueuse ; il a dû y avoir là, récemment, un abordage ou un naufrage; des quantités de bois flottent sur l'eau et, pendant des lieues, nous la voyons couverte de pétrole ou de mazout. En effet, nous apprenons plus tard que la veille de notre passage, un cyclone a ravagé le Golfe de Finlande. Nous l'avons échappé de peu.

Le Mexique passe devant Kronstadt : il entre en pays soviétique et il vient d'arborer le drapeau rouge orné de la faucille et du marteau.

Déjà nous avions pris contact avec l'URSS par les nombreuses réclames soviétiques répandues dans les salons du bateau sous forme de revues, illustrées copieusement et décrivant le bonheur de ce paradis où les usines du plan quinquennal jouent le rôle principal pour le bonheur du peuple russe.

Nous stoppons longtemps, attendant le pilote ; enfin il est là. Une femme et un homme, tous deux coiffés de casquettes vertes, se hissent à bord avec difficulté car la mer est grosse ; ils parlementent avec le commandant puis ils s'en vont. Au bout d'un instant apparaît un nouveau bateau ; un homme, toujours en casquette verte, nous informe que le pilote viendra nous prendre à 23h ; il n'en est que 6. Déception.

Finalement, une heure plus tard seulement, deux remorqueurs nous abordent ; alors c'est une invasion d'individus, toujours à casquettes vertes et à collets verts, et à mines de brigands ; ils visitent entièrement le bateau. Après un temps assez long, nous nous mettons à avancer lentement ; le chenal, très étroit, est très dangereux, il ne faut pas une seconde d'inattention de la part du Commandant et des pilotes. A cause du cyclone, plusieurs bateaux n'ont pas pu entrer au port ; il y en a six à la file, dont un Suédois, qui nous précèdent. Nous arrivons ; on a fait des frais pour nous recevoir, un grand ponton de bois tout neuf pour le débarquement et une musique sur le quai qui nous joue au moins dix morceaux.

Comme il est tard et que les formalités n'en finissent plus, personne ne peut sortir ce soir-là. Nous restons accoudés à la balustrade du pont, regardant, en face de nous, un vaste local en bois très éclairé, qu'on nomme l'Intourist ; il y a là un café restaurant pour les passagers, un bureau de poste et une espèce de magasin où l'on vend une foule d'objets provenant des maisons pillées : fourrures, bijoux, meubles, tableaux… Nous regardons ensuite défiler cent cinquante de nos compagnons de croisière, qui vont prendre le train pour Moscou : graves, silencieux, ils disparaissent dans la nuit, n'ayant pas l'air plus rassurés que cela…

Quelle impression terrible que Leningrad ! On en est atterré, oppressé. Figurez-vous une ville après un sinistre, guerre, incendie, tremblement de terre : de beaux immeubles anciens délabrés, lézardés, sales, vitres cassées, sans rideaux ; des rues et des places immenses, mal entretenues, où l'herbe pousse entre les pavés ; pas une voiture, personne n'ayant le droit d'en posséder ; sur les trottoirs, une population misérable formant de longues queues devant les coopératives. Pas de magasins sauf ce qu'ils nomment des torsing et qui ne s'ouvrent qu'aux étrangers. On y trouve de tout, et provenant de la même source, de tout sauf de ce qui se consomme.

Le gouvernement avait mis à notre disposition, pour nous promener, d'excellentes autos américaines ; une jeune femme servait de guide pour trois voitures de cinq personnes ; ces voitures filaient à vive allure, ce n'était pas l'encombrement qui les gênait.

Sur la route de Peterhof où l'on nous a conduits tout d'abord, un vent glacé soufflait. Autour de nous, la campagne plate s'étend à perte de vue, sans la moindre ondulation de terrain ; elle est peu cultivée, misérable comme le reste ; quelques grands champs de choux, de pommes de terre et de betteraves, de maigres pâturages où paissent quelques chèvres. Partout, des enfants vêtus pauvrement de vêtements trop petits ou trop grands, pas en guenilles, cependant, avec de bonnes figures rondes, tous pieds nus ; c'est probablement une coutume dans les pays septentrionaux, nous avions déjà remarqué cela en Norvège et en Suède. Nous leur lançons quelques gâteaux. Quand nous nous arrêtons, ils nous tendent la main, en cachette car nos guides les chassent.

On peut dire qu'en URSS, tout le monde va en troupeaux : les enfants errant dans les rues, la foule devant les coopératives, les ouvriers se rendant en équipes à leur travail, les gens pressés dans les tramways, uniques véhicules qui circulent pour le transport des êtres humains. Pas un chapeau, rien que des casquettes ou des bérets et, pour les femmes, des pointes sur la tête.

Ce qui frappe, c'est le nombre des bébés ; beaucoup de jeunes femmes portent sur leurs bras des poupons bien emmaillotés, serrés, très propres. Cela vient de ce que l'engendrement de ces enfants se fait par aventure, comme pour les petits animaux : on en connaît rarement le père. Pour la mère, ils représentent une ressource car une femme avec enfant est favorisée pour la nourriture. L'atmosphère est d'une navrante mélancolie ; les gens qu'on voit ont l'air triste, nous n'avons vu rire personne.

Mais revenons au palais de Peterhof.

Les soviets ont respecté les richesses des palais impériaux et des musées, en grande partie. Ce n'est pas parfaitement entretenu mais tout est bien gardé, rien ne manque. A Peterhof, il existe deux palais ;, l'un peu étendu, sans étage, touchant la mer, bâti et meublé par Pierre Ier dans le style hollandais ; c'était sa résidence préférée, il la nommait "Monplaisir".

L'autre[1] est immense, avec une longue enfilade de pièces meublées dans différents styles et ornées de tableaux où figurent généralement des personnages de la cour, tzar, tzarine, princes, généraux, etc.

 

Peterhof

 

Les parquets sont remarquables, faits de différents bois qui forment des dessins très variés. Des fenêtres, la vue s'étend sur une très longue nappe de verdure, bordée de chaque côté de gigantesques colonnes d'eau très rapprochées et étincelant au soleil (nous avons eu constamment beau temps en Russie) et le tout aboutissant à une énorme gerbe d'eau jaillissant d'une vasque monumentale ; comme fond de tableau, la mer, la Baltique verte et nacrée, c'est très beau.

Partout dans le parc, des bassins, des jets d'eau de mille fantaisies ; c'est le royaume de l'eau. L'un de ces jets d'eau a la forme d'une étoile, d'autres représentent des fleurs, des soleils, une pyramide, des filets montant très haut, des palmes ; il y a des doubles, des triples cascades, un escalier immense tout en eau coupante. Des lions, des chevaux, des chimères, d'énormes grenouilles lancent de l'eau à qui mieux mieux. Il y a la fontaine de Samson qui lance d'une main puissante une abondante gerbe d'eau, la fontaine de Neptune, beau groupe au centre d'un bassin.

Partout de grands arbres, peu ou pas de fleurs.

C'était jour libre pour une catégorie d'ouvriers, ils ont un jour chômé tous les six jours (moyen commode pour supprimer le dimanche). Dans ce beau parc, ces gens toujours en troupeau semblaient plutôt s'ennuyer que s'amuser ; un haut-parleur leur distribuait des airs de musique et des banderoles, tendues de tous côtés, la bonne parole soviétique.

Au retour de Peterhof, un magnifique couvert nous attendait à l'hôtel Astoria : linge damassé, très blanc, gerbes de fleurs et, chose originale, aux deux bouts de chaque longue table, des animaux sculptés en glace vive sur lesquels refroidissait une coupe de caviar. Notre bout de table était orné d'un cygne de grandeur naturelle, portant entre ses ailes ouvertes la terrine de caviar. Il paraît que c'est l'un des domestiques qui sculpte ces animaux avec un couteau.

Comme menu, le caviar, puis du poisson, salé, fumé, de tous genres, très bien présenté, de la salade russe ou à la crème, encore d'autres poissons, chauds avec sauce, et, pour chaque convive, un demi poulet ; enfin, une glace et des petits fours. A la gauche de chacun de nous était placée une soucoupe contenant deux tranches de pain de seigle, un petit pain et un croissant. Pour boisson de l'eau minérale russe, excellente, pas de vin. Après les hors d'œuvre, on a versé de la vodka ; ce n'est pas désagréable et moins fort que je ne pensais.

Pendant le repas, un bon orchestre jouait et, scène amusante et aussi poignante, quand les domestiques (peut-être d'anciens nobles), sortant de l'office, tous en blanc et tondus, apparaissaient avec les plats portés à bout de bras, ils défilaient au pas les uns derrière les autres alors que l'orchestre attaquait une marche énergique. On riait et on applaudissait. Mais ce luxe et cette musique font un contraste affreux avec la misère environnante.

A la porte de ces grands hôtels, des malheureux[2], le regard implorant, attendent un secours, une bonne parole, un espoir, ils ne savent quoi ; les policiers les dispersent.

A côté de l'hôtel sur une immense place est la cathédrale Saint Isaac aux nombreux bulbes dorés, aux lourdes portes de bronze, toute garnie de mosaïques, de malachite, de lapis-lazuli ; les Soviets en ont fait un musée antireligieux ; la Tzarine y est représentée portant le tsarévitch, tous deux nimbés comme la Vierge et l'Enfant Jésus : on nous dit ironiquement qu'elle se croyait divine ; on y voit Galilée devant ses juges à côté du pendule de Foucault, des buchers de l'Inquisition, etc.

Toutes ces églises et cathédrales ont des clochers bulbes et des flèches dorées d'un très bel effet. Beaucoup de toits sont en cuivre qui sont maintenant couleur vert-de-gris, d'autres sont en tôle peinte en vert, c'est spécial aux pays du Nord, et joli.

Petrograd, qui était une ville élégante et majestueuse, dotée des derniers raffinements de la civilisation, est aujourd'hui une ville affamée, envahie par la misère et la dégradation ; c'est une ville délaissée qui se meurt. Ses larges et spacieuses avenues, ses quais de la Neva, sont déserts. Les rares voitures qui y circulent sont des camions, des télégas à un seul cheval dont les brancards portent à leur extrémité une sorte de grand arc en bois qui va d'un brancard à l'autre au-dessus du cou du cheval.

Les palais d'hiver et d'été, qui se font face, devaient être très beaux avant leur décrépitude actuelle ; de tous côtés, des parcs, des jardins, des canaux, différents bras de la Neva et la Neva elle-même, large comme un bras de mer.

La célèbre perspective Nevski, où s'ouvraient de riches magasins, n'en a plus un seul. Les rives de la Neva sont bordées de palais, d'églises à bulbes d'or, de dômes, parmi lesquels se détachent les tours de la forteresse Pierre et Paul, que nous avons visitée, où furent enfermés, souvent pour la vie, des nobles, des princes, et parmi eux, le fils de Pierre Ier, exécuté par ordre de son père. Pendant la Révolution Russe, les victimes furent entassées dans les cachots de cette forteresse d'où ils ne sortaient que pour être fusillés quand ils ne mouraient pas par suite des mauvais traitements.

De larges ponts mènent aux îles où, au milieu de jardins, sont de riches villas ; de ces villas, les Soviets ont fait des maisons de repos pour les ouvriers. Nous sommes entrés dans l'une d'elles : une soixantaine de prolétaires étaient assis autour d'un goûter composé d'un verre de lait et d'une tranche de pain noir. En tout c'est la promiscuité, les gens en troupeaux ; le moindre de nos ouvriers est plus heureux, seul avec sa famille dans son logement modeste, que ces groupements d'ouvriers dans un luxe qui n'est pas pour eux.

Ces gens ne sont pas heureux, ils n'en donnent pas l'impression, ils sont les marionnettes d'un régime qui ne leur laisse aucune liberté. Leurs regards sont éteints, leurs visages sont fermés ; cela frappe surtout chez les hommes, les femmes et les enfants portant cabas et paniers qui, pendant des heures, des journées, stationnent devant les coopératives.

La plus grande richesse de Leningrad est le Musée de l'Hermitage où toutes les écoles de peinture sont bien représentées et où se trouve le trésor, c'est-à-dire les bijoux impériaux, les couronnes, les aigrettes de diamant, les épées, les selles constellées de pierres précieuses, des choses fabuleuses. On nous a montré une vitrine remplie de pépites d'or dont l'une pèse 30 kilos. Cette fantastique fortune est fermée par de doubles et triples portes, tout est sous verre. Pour entrer dans ces salles, on vous oblige à quitter pardessus, sacs, manteaux, par crainte de vol.

Ces inestimables choses d'un passé détruit sont un capital dont les Soviets tirent profit pour attirer les étrangers chez eux ; ils n'ont rien d'autre à montrer que quelques usines pour lesquelles ils organisent une réclame monstre.

On a évalué la somme que nous avons laissée en Russie à un million[3] ; rien que pour aborder les quais, les navires payent partout un droit énorme ; pour nos deux remorqueurs, il a fallu verser 97000 francs.

Nous avons vu aussi Tsarkoie-Selo, qu'on nomme aujourd'hui Diestkoie-Selo, village des enfants. On y a aménagé quelques villas où l'on élève des enfants, probablement ceux des privilégiés, agents zélés du régime.

Là encore, dans un parc, s'élèvent deux palais, le palais Alexandre et le palais Catherine. Le portail d'entrée de celui-ci est monumental ; il y a de belles salles dont la plus curieuse est la salle d'ambre, tout y est en ambre jaune[4], meubles, bibelots, ornements des murs et du plafond. Le grand hall, la chapelle, la galerie ornée de bustes, sont bien également. Le palais Alexandre, où résidait Nicolas II, est plus simple et n'a rien d'un palais impérial : les tableaux, les meubles, les bibelots sont de mauvais goût. Une galerie au fond de son cabinet particulier faisait communiquer celui-ci avec les appartements de la Tzarine qui, sans qu'on s'en doutât, entendait tout ce qui se disait entre l'Empereur et ceux qu'il recevait. Aussi, bien des fois, sous son inspiration, il décidait le lendemain tout le contraire de ce qui avait été convenu la veille.

Dans l'une des plus grandes pièces est arrangée une petite montagne recouverte de tapis sur laquelle le Tzarévitch faisait rouler sa petite auto afin de se donner de l'exercice lorsqu'il ne pouvait sortir ; l'auto est toujours là, au pied de la petite montagne.

Partout les parquets, et quelquefois les plafonds, en bois précieux, sont magnifiques. On nous montre

Le_Tsarévitch_Alexis_Nicolaïevitch_[portrait_[

 une porte ouverte sur les jardins : "c'est d'ici qu'ils sont partis", nous dit froidement le guide. Parmi les objets qu'on vendait dans l'un des torsing, il y avait un des costumes du Tzarevitch, ce petit costume de cosaque barré d'une cartouchière sous lequel il est souvent représenté ; tout y était, son petit sabre, son bonnet de fourrure, jusqu'à sa chemise, le tout dans une caisse capitonnée étroite et longue comme un cercueil d'enfant…

Pour nous rendre à Detskoie-Selo ainsi qu'à Peterhof, nous avons traversé quelques villages et vu les vieilles isbas en troncs d'arbres, avec leurs toits en auvent et leurs fenêtres à petits carreaux. Des paysans allaient et venaient ; la vie y semblait normale et moins triste qu'à Leningrad. Un soir, nous avons eu une soirée dite de cabaret, dans un bel hôtel, l'hôtel de l'Europe, avec souper, jazz et attractions : des danses, des chants russes, etc. L'on ne pouvait songer sans angoisse, au milieu de ces éléments de gaité factice, à la bande de malheureux qui, dehors, dans lma nuit, attendaient à la porte de l'hôtel.

Malgré l'intérêt de notre séjour en Russie, nous avons quitté ce pays avec soulagement. Sur le débarcadère, la musique était là, de même qu'à notre arrivée. Trois agents de propagande, deux hommes et une femme, postés près du Mexique, ont crié à l'équipage : "Etes-vous prêts pour la révolution prolétarienne ? Quel est votre menu à bord ?"

"Meilleur que le vôtre !", a répondu quelqu'un.



[1] Construit par Pierre le Grand dans l'intention de surpasser Versailles, presque détruit par le siège de Leningrad pendant la guerre, le château a été restauré.

[2] La collectivisation forcée, imposée par Staline en 1929-1934, provoqua une terrible famine en 1932-33 et  des millions de paysans rejoignirent les villes.

[3] Ce qui équivaudrait à plus de 600.000 euros…

[4] Démontée par les Allemands pendant la guerre, le "Cabinet d'Ambre" n' jamais été retrouvé mais il a été reconstitué  et inauguré en 2003.

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02 septembre 2016

Maurice en Angleterre : l'art de la tartine !

En 1937, Simone et Maurice sont allés un mois en Angleterre, Simone dans un couvent à Hastings, Maurice chez un certain M. Jay, à Eastbourne. Dans sa première lettre, Maurice, après avoir raconté son voyage depuis Paris (le train Paris-Calais allait "très vite (95 km/h !)", il explique par le menu la façon de manger les toasts du petit déjeuner.

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M. Jay m'a montré la manière anglaise de manger : on prend son toast, on le pose dans une assiette faite pour, on prend un morceau de beurre dans une petite assiette et on le pose sur l'assiette où il y a le toast (ou la tartine si vous préférez). Then, on prend le couvercle du pot de marmelade qu'on pose sur la table, le petit trou pour laisser passer la cuillère étant en l'air. Avec une cuillère spéciale, on prend de la marmelade qu'on pose dans l'assiette à faire les tartines. On beurre alors la tartine (après avoir remis le couvercle de la marmelade) et on met ensuite celle-ci sur la tartine. Puis, avec le couteau qui a servi à beurrer, on coupe le tout en petites parties qui sont autant de bouchées. On prend un de ces petits morceaux, on le met dans la tasse de café au lait et on le mange à la cuillère. Quand on a mangé 4 ou 5 toasts, on n'a plus extrêmement faim mais il faut quand même manger un fruit : une pomme ou une orange, ou les deux si on a très faim. Et après, c'est fini pour le petit déjeuner.

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31 décembre 2015

Barrage d'Eguzon.

Lettre de Charles Bernier, ingénieur directeur des travaux du Barrage d'Eguzon.

 

 Toulon, le 30 juin 1921.

Mes chers enfants, je suis arrivé de Paris ce matin et ne suis nullement fatigué par ce grand voyage. Je ne veux pas tarder à vous mettre au courant de ce que nous avons décidé concernant le grand événement qui se prépare pour nous[1]. C'est aujourd'hui décidé, j'ai donné avant-hier 28 mon acquiescement définitif à M. Mercier, mais il y a eu de notre part beaucoup d'hésitation. Maman vous a dit en effet que nous avions été déçus tant à Eguzon qu'à Argenton par l'absence de logement convenable ; or je ne voulais absolument pas sacrifier à mon désir de m'atteler à une belle œuvre le bien être de votre maman et je sentais très bien que cette dernière (qui n'osait pas me le dire parce qu'elle me voyait désireux d'accepter en raison de la satisfaction professionnelle) n'avait rien trouvé de convenable dans tout ce que nous avions vu ou qu'on avait préparé à notre intention.

J'ai donc fait part de notre hésitation à M. Mercier[2] qui, sans hésiter et pour manifester encore une fois son grand désir de m'avoir, a décidé de nous construire immédiatement la maison telle que nous la comprenions – rez de chaussée et étage sur cour, 4 pièces en bas, 4 pièces en haut, grenier, jardin, resserre, accessoires, le tout sur le bord même de la Creuse, à 200 mètres du chantier, dans un site choisi et de façon que je puisse être souvent avec maman et que je ne sois pas exposé à prendre froid en restant trop longtemps en route ou en auto.

Il va sans dire que malgré cette proximité, une Renault (12 HP modèle 1921) sera mise à ma disposition avec faculté, bien entendu, d'en faire profiter Madame Bernier (ou ses invités).

1921-Renault 12

Maman trouvait dans cette combinaison la perspective de pouvoir me surveiller constamment et oubliant ce que pourrait avoir de désagréable pour elle l'habitat loin d'une agglomération (autre que celle du chantier), considérant d'autre part qu'on nous a promis l'installation d'un magasin d'approvisionnement (tel Potin) à 100 m de notre villa, nous avons décidé d'accepter après avoir bien réfléchi lundi soir et mardi matin.

Je serai donc "l'Ingénieur Directeur des Travaux", avec appointements de 3000 par mois, avec un Ingénieur adjoint et les conducteurs nécessaires.

La société s'appelle Union Hydro-Electrique (U.H.E.), elle est constituée au capital de 88 millions avec M. Mange, Directeur du P.O. comme Président du Conseil, M. Mercier comme administrateur délégué et M. Laporte, ingénieur (promo 1890) comme Ingénieur en Chef directeur à Paris.

Le travail est tout ce qu'il y a d'intéressant et la visite au chantier samedi dernier a produit sur moi l'effet que produit sur un vieux cheval de course son retour sur l'hippodrome. Il s'agit d'un barrage de 60m de hauteur, produisant derrière lui un remous[3] de 17 km de longueur (beau lac). Utilisation de la tranche supérieure de 18 mètres formant un cube de 45 millions de mètres cube, 6 groupes turbo-alternateurs, par conséquent 6 prises (2m50 de diamètre chacune). Le débit de la Creuse varie entre 1 et 900 m3 (une paille), gare aux crues exceptionnelles !

Le terrain est du gneiss à amphibole, un peu fissuré mais sain. Les fondations sont ébauchées et la dérivation faite pour 600m3 ; une usine électrique a été établie à 600m en amont au moyen d'une chute de 5 à 6 mètres qui permet de fournir à l'entreprise l'énergie nécessaire à la conduite de son chantier (3 à 400 HP[4]).

Une cité ouvrière existe en aval avec de beaux baraquements. Bref, superbe chantier et travail ultra-intéressant, auquel les pouvoirs publics sont fort sympathiques en raison de ce que ce sera la première énergie hydraulique amenée dans la capitale.

Maman a consenti sans arrière-pensée, je puis vous le dire, mais elle était heureuse de me voir content. M. Mercier était encore plus heureux que moi et on aurait dit vraiment que c'était moi l'embaucheur.

J'ai éprouvé de très grandes satisfactions morales, mes chers enfants, à constater l'estime dans laquelle on voulait bien me tenir car, chose plus surprenante, nos grands chefs de la Compagnie ont eu pour moi des mots vraiment gentils.

M. Bartan [?] lui-même (qui a sauté en l'air lorsque M. Glasser[5] lui a annoncé cette nouvelle) – il est d'ailleurs retombé sans se faire mal – a été finalement aimable après avoir eu l'air de me reprocher ce départ anticipé ; mais M. Glasser a été vraiment très bien.

Il est convenu que j'irai passer 3 à 5 semaines à Eguzon (centre touristique) en août-septembre pour installer mon service, que je reviendrai à Toulon et que ma mise à la retraite ne partira que de janvier, lorsqu'on aura l'impression que je peux me retirer sans inconvénients trop graves, tout en promettant de faire des sauts à Toulon si nécessaire.



[1] Une retenue, plutôt.

[2] Soit 220-295 Kilowatts. Charles Bernier utilise comme unité le "cheval-vapeur".

[3] Edouard Glasser, X 1892.



[1] Il s'agit de la prise en charge de la construction du barrage d'Eguzon, avec installation de Charles et Antoinette Bernier à la villa Chantecreuse.

[2] Gustave Mercier, X 1897, chargé de la construction du barrage de Dardennes, où il connut Charles Bernier, et administrateur délégué de l'UHE. Voir La Jaune et la Rouge n°141 (1960).

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14 février 2015

Paul Bernier à Polytechnique, journal, décembre 1912

Dimanche 1er décembre. Les crans sont levés à propos de la séance des Cotes. Celle-ci a eu lieu hier ; rupinée. Repéré les cotes : Podneu,  (Dautheville), Laget, Tom, Waldman, etc. Décoration à bloc, topos, crânes en plâtre du singe, introduction des consquouères sur fil aérien.

Affaire Laisant. Laisant[1] est bien connu pour ses doctrines antimilitaristes et malthusiennes. A propos du passege en correctionnelle des inculpés dans les affaires d'antimilitarisme et du Sou du Soldat[2], Laisant, prévenu, fit des déclarations reproduites par l'Echo de Paris et affichées par nous à la Planche à topos. A ce sujet, le camarade Ehrart lance un topot, 50 signatures, contre Laisant, demandant une Hure à Laisant htale[3] immé. La caisse reçoit le topo et lance immé – sans topo d'observ préalable – un topo de vote. La hure est votée – un peu par surprise. Mais certains cocons – Delpech entre autres – veulent relever là des allusions politiques ou personnelles et se bocardent, refusant ostensiblement de prendre part à la manifestation votée à la majorité. D'où histoires de sanctions. Un vote secret de punition est lancé contre les coupables sur le vu de leurs explications ; la 2e compa, fortement montée, aurait entraîné des quarantaines, mais le résultat d'ensemble est un rond à Delpech, Duby, Lévy, Malbert, un blâme à Haegelen, Carniveau. 

Jeudi 5. Le rond a eu lieu dans l'amphi de Φ simultanément pour les 4 camarades indiqués. Les deux promos réunies, laïus bref du maj et séparation, en silence, selon les prescriptions du Code X. 

Vendredi 6. On a reçu une lettre de Laisant au maj demandant l'apposition du cachet de la Caisse sur la copie du vote de hure qu'on lui a adressée, afin d'en certifier l'authenticité. Il répond ensuite par une assez longue lettre où il déclare nous plaindre des sentiments que nous avons manifestés. Il exalte la cause de la justice et de la liberté qu'il prétend défendre, il glorifie Rousset et reparle même de l'affaire Dreyfus ; il esquive en somme la réponse au seul et véritable grief que nous avions contre lui : le fait de faire de la propagande antimilitariste en étant, et en se targuant d'être, répétiteur ou examinateur à l'Ecole. Laisant termine en déclarant qu'il fera tenir à Rousset les papiers qu'on luia adressés pour lui prouver quels sont les sentiments de l'élite de la jeunesse bourgeoise à l'égard des défenseurs de sa cause.

Auj. découche et dorénavant, rentrée à 11h au lieu de 10 les dimanches et mercredis soirs. A bloc ceci !

Le camarade Huguet est à l'infi depuis jeudi.

Les confés marchent toujours mais il y a eu quelques trous et retards ; une discussion assez vive entre Dumas et le Kuir pour voter une sanction contre ceux qui s'abstiendraient n'a pas abouti.

Julia avait installé une magnifique antenne sur le toit du Pavillon ; malheureusement elle a été repérée et il a fallu la supprimer. 

Lundi 9. Compte-rendu des compos d'ana par Humbert, sous l'œil vigilant de Carva selbst.

Les colles se multiplient avec une rapidité foudroyante ; on les passe à 4 ou 3 jours d'intervalle sans cmpter les colles mili !Si ça continue, on aura zérale en janvier ! 

Jeudi 12. Confé Bigor suivie de l'inévitable laïus du mandant, qui parle cette fois du camarade Archimède, à l'instar du Porno au aujet de Benvenuto Cellini l'an dernier : "Ah ! Messieurs ! si l'Ecole Polytechnique avait existé de son temps, nul doute qu'il n'en eût fait partie !" 

Samedi 14. Gros bocard dans la salle entre Julia et Bérenguier à propos d'une chaise ! Ça a chauffé jusqu'à la dernière limite et les hostilités n'étaient pas loin. Jusqu'alors nous n'étions habitués qu'aux bocards fréquents mais aussi légers qu'intempestifs du Kuir ! 

Du 14 au 21. Rien. Samedi soir, Cornille fait une confé à l'exté et recrute de la claque parmi les cocons. 

22. Le colo Bourgeois est nommé Géné.



[1] Charles-Ange Lisant (1841-1920, X  1859), connu pour ses positions anarchistes et antimilitaristes, était examinateur de mathématiques à l'X.

[2] Œuvre créée par le Congrès du Syndicat des Instituteurs, sous le patronage de la CGT en 1912 et ayant pour but de "venir en aide pécuniairement et moralement" aux instituteurs appelés sous les drapeaux.

[3] Hure horizontale : les élèves se couchent sur le sol de la cour pour former les mots "Hure à…"

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Paul Bernier à Polytechnique, journal, novembre 1912

31 oct. Le conscrit Rimailho fait une grave chute de cheval, transporté à l'infi puis au Val de Grâce. 

Vendredi 1er nov. Rimailho est mort. Il a subi la trépanation hier soir et le décès est survenu ce matin. Le mandant Bourguignon est venu nous annoncer la triste nouvelle en salle vers 98h ce matin ; par suite des vacances, il n'y avait ni maj ni caissiers à l'X. On est allé à leur recherche ; je suis allé chez Mestraud pour lui faire parvenir un télégramme mais il était chez lui. On organise un service de garde autour du corps à l'hôpital. Quel désespoir pour une famille ! La boîte Carva, déjà vide et moins gaie par suite des départs de vacances, est triste et silencieuse. 

Congé de la Toussaint. Pour ceux qui sont restés à l'X, la mort de Rimailho a été la principale préoccupation. Il a été constitué une garde permanente de deux camarades en grande tenue, l'épée à la main, se relayant d'heure en heure. Il y a eu quelques défaillances, des conscrits se sont trouvés mal ; à la fin, dimanche soir, on a réduit la faction à une ½ heure, les cocons étant revenus en nombre suffisant à la rentrée.

Lundi 4 nov. Les obsèques ont eu lieu à midi. Boulot à 10h45 ; la 4e compagnie rendant les honneurs, les autres en grande tenue assistaient. Service à la chapelle du Val de Grâce, beaucoup de monde, écoulement difficile et long. Cortège jusqu'au Père Lachaise ; laïus de la Grasse et du Géné. 

Mardi 5 à dim. 10. Les 2 promos portent le crêpe à l'épée ; interdiction des théâtres et terrasses de café. A l'inté, la vie a repris le calme et l'ordre usuels. On suit avec intérêt les nouvelles de la guerre et on s'est occupé aussi pas mal d'aéronautique à cause du Salon.

Lundi 11 nov. Présentation du Drapal. La cérémonie a été avancée cette année car on attend pour un jour de cette semaine la visite de Millerand[1]. La cérémonie fut réussie ! Suite de couvertures en tous genres. Pendant le rassemblement, un bon coup de vent, précurseur d'un jodot, décoiffe Cattin dont le phécy avec son beau plumet se met à rouler, rouler… Cattin le rattrape non sans peine et d'un beau geste d'ensemble, tous les pitaines enfoncent leur képi sur leur chef. Plus tard, le claque d'un consqouère s'envole, à l'instar d'un aéro, avec une légèreté dont on ne l'aurait pas cru capable ; il y a peut-être quelque chose à découvrir dans ce genre !

La 1ère Compagnie va au Boncou chercher le Drapal. Visiblement ému, pitaine Pesseaud se couvre honteusement en recevant le drapeau sans tambour ni trompettes (c'est le cas de le dire) avec une compagnie au repos de l'épée (pourquoi pas au repos complet ?). C'est pas fort pour un pitraine d'arti ! On revient au Pavillon où Pesseaud place sa compa par u  superbe mouvement de "en bataille par section face en avant" ; pagaille assez réussie (pour la 3e section surtout !). La cérémonie proprement dite a été promptement menée : c'est juste le jour du mariage de la nièce du géné : l'auto fleurie attendait sous pression au Boncou. Revue rapide, laïus non moins rapide et d'ailleurs ouï par personne. On entend Pignet murmurer à Ducla : "Pourvu qu'on soit à 11h ½ à la sacristie…" Le géné se retire rapido. Bunoust[2] a failli commander "Reposez…", étant en "Présentez épée !". Il se reprend à temps ! La 1ère Compa remmène le drapal aux accents discordants de ces malheureux tapins qui écorchent nos oreilles. Toujours affolé, Pesseaud rend le drapeau, mais il y a un progrès : cette fois-ci, nous sommes au port de l'épée et après une hésitation désespérée, il glisse en sourdine au Prince le commandement "Au Drapeau !". Bref belle cérémonie qui nous vaut une généreuse levée de crans (il n'y en avait point chez les anc) et une suppression de fantass pour la 2e Compa. C'est riche.

La Caisse a offert à la nièce du géné une corbeille d'azalées de 100F[3] qui a, parait-il, produit excellente impression. 

Mardi 12 à jeudi 15. Rien de neuf. On attend la visite de Millerand pour un de ces jours. C'est fixé à demain vendredi. L'astra est prise d'un beau zèle de propreté ; les tapins ont de la besogne. 

Vendredi. Le ministre doit venir aujourd'hui à 14h. Le monsieur du casernement passe partout et jette le coup d'œil du maître : on lave les corris, on nettoie les salles, les tapins y mettent de l'ordre… à leur façon ; on n'est plus chez soi ! Tout se prépare, jusqu'au disque que le zident de commiss, ce brave Daniel, est allé repeindre soigneusement en l'honneur du ministre. Un vitrier travaille 1/2h à gratter la peinture jaune des carreaux des salles 23-24 ! Le comble de la mesure, c'est celle de charger  b[illisible] et tapins de mettre les "Delorts" à l'endroit ! Fatale imprudence ! Heureusement que le cocon veille…

Il y a revue à 2h en petite tenue, capote réglo, phécys non-polos. Millerand arrive à 2h15, passe rapidement la revue. C'est tout de même moche, un ministre en pantalon et melon au milieu de tous les unifs ; on devrait leur octroyer un costume de cérémonie. Après la revue, on va à l'amphi Bourgeois, laïus mandant pour régler la cérémonie et nous prier de ne pas manifester d'approbation ou autre. Confé vase uniquement pour attendre Millerand, comme a soin de le dire le Colo Bourgeois. Tout le personnel enseignant de l'X est là au complet. Enfin arrive le Ministre et sa suite. Le Colo passe immé à la péroraison. Puis Millerand prend la parole ; il parle très lentement, en séparant ses mots. Laïus un peu emphatique et vaseux, en somme dans un sens conservateur pour l'Ecole, contrairement à ce que l'on croyait[4]. Résultat de la visite : levée de puniss, sortie pour le samedi suivant à midi ½. 

Samedi à lundi. On a décidé d'organiser dans la salle des confés par chaque cocon à tour de rôle, sous prétexte d'apprendre à parler en public ! Le matin à 8h ¼, à la fin de l'étude, le cocon désigné s'installe en face de la banale et pique au jus. Le camarade Huguet a entamé la série par un exposé sur le bonheur, très philosophique et profond. 

Mardi. Confé Bérenguier sur la Flotte et services attenants. 

Mercredi. Confé Michel : souvenirs de jeunesse en Algérie. On décide pour demain soir le punch des Marseillais. On a choisi la crypte de l'Annexe qui est assez peu fréquentée ; on sera en sécurité.

Chahut au réfec le soir ; "la Patate" se frappe et prévient Haegelen qu'il y aura des crans. Les Cyrards ont dû être sidérés de nous entendre gueuler à ce point et d'accueillir le bazoff par la chanson des Moineaux.

 

Jeudi. Pour l'affaire du réfec, l'astra veut 4 noms à 3 crans ; il y a des volontaires. Qui est-ce qui se propose ? C'est… Lebel ! 

Vendredi. Nous avons fait notre punch et nous sommes bittés !

Voilà : notre anc Michel François, poudrier, invité à notre punch des Marseillais, arrive à 9h ½. On attend 10h ½ pour partir à la crypte. Tout va bien ; Mestreaud, qui veut venir un peu plus tard, ira seul. Une fois dans la crypte, Bérenguier veut aller chercher un verre, qu'il a oublié : il se fait apercevoir par Allah qui circulait dans la cour, et au lieu de s'en aller, il revient à la crypte, ce qui indique au bazoff notre cachette ; avait-il eu vent des projets de punch ? Toujours est-il que 3 bazoffs (Lallemand et Lametz en plus) montent la garde à l'entrée de la crypte dont ils ne savent sans doute pas ouvrir la porte qui n'a qu'un verrou intérieur. Notre punch pendant ce temps se passe tranquillement (Remarque : il était fort bon mais les gâtals trop rares). Après un Artilleur, on essaye de fouloquer mais nos types sont toujours là-haut et finalement, la porte est ouverte et ils descendent. La crypte est sans issue : Michel François se fourre dans le colo, je le suis, puis Bérenguier s'amène ; nous entendons les cocons bittés, hélas ! donner leurs noms en prévision d'un schiksal ; puis nous sortons de notre trou sans être repérés, une fois tout le monde dehors, et nous rentrons au caser. Là, on apprend que Mestreaud a été bitté aussi dans les corris du réfec. Ça sera donc 8 crans pour chacun, à moins qu'il n'y ait augmentation.

Nuit mémorable ! On ne s'endormit que vers les 2h1/2-3h. François Michel se rend à l'usine élec et coupe le Pavillon. 

Samedi. Déci remarquable : Σ = 122 krans.



[1] Député de la Seine et Ministre de la Guerre du gouvernement Poincaré..

[2] Commandant en second de l'Ecole en 1913.

[3] 335€ (2014).

[4] "Nous ne sommes pas ici dans une école spéciale, mais bien au contraire dans une école d'enseignement supérieur, de haute formation intellectuelle. Ce qu'on y apprend n'est pas toujours, il est vrai, d'une utilité pratique immédiate ; mais il n'en résulte pas que l'objet de votre enseignement forme un bagage inutile, car c'est en matière intellectuelle, par-dessus tout, qu'il est juste de ne pas omettre "le superflu, chose nécessaire."

Posté par flo_nc à 16:14 - Commentaires [0] - Permalien [#]
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