Mémoires d'un artilleur

29 août 2011

La “résistance religieuse” du catholicisme français au nazisme

« La vraie, la seule histoire d’une personne humaine, c’est l’émergence graduelle de son voeu secret à travers sa vie publique ; en agissant, loin de le souiller, elle le purifie »

Permettez au vieillard que je suis d’évoquer, pour commencer, un souvenir vieux de plus de soixante-dix ans et qui est lié à cette maison, où je traduisais l’Antigone de Sophocle :  Par sa “résistance religieuse” la jeune Antigone rappelait à son oncle Créon : « Je ne pensais pas que tes prescriptions fussent assez puissantes pour que le mortel que tu es pût passer outre aux lois non écrites et inébranlables des dieux !» Il y a là le sens d’une résistance religieuse à ce qui, n’étant que prescription humaine, ne saurait prévaloir contre la loi divine. Et je songe aussi à la “résistance religieuse” des frères Macchabées dont le souvenir a servi de référence pour la célébration liturgique des martyrs chrétiens des premiers siècles.

Quel était l’héritage de la “résistance religieuse” du catholicisme français au XXe siècle ?

Héritant donc d’attitudes d’un grand passé lointain, le catholicisme français, réalité bimillénaire, a traversé bien des vicissitudes politiques, en essayant de garder la nouveauté de son “âme”, aux prises avec la tendance sans cesse renaissante du « cuius regio huius religio ».

Au XIXe siècle, les nombreuses initiatives missionnaires ont rappelé avec netteté ces héritages. Ainsi, libéré d’horizons étroitement politiques, le catholicisme français d’alors est aussi amené à redécouvrir, dans l’hexagone même, les exigences de sa propre identité en s’enracinant dans la doctrine énoncée le 1er novembre 1885 par l’encyclique Immortale Dei. En effet, c’est au nom de l’enseignement de ce document pontifical qu’Albert de Mun renonce à regrouper les “conférences” de jeunes catholiques au service d’un parti catholique, pour les lancer dans une action religieuse et sociale, au sein des conditions politiques de l’heure. Tel est l’horizon que balisent Rerum novarum, puis, dans cette ligne, l’appel au “ralliement”, qui vise à libérer le catholicisme français d’entraves idéologiques ou de politique partisane, en faveur du renouveau religieux et social qui s’impose. De même, à l’heure de la Séparation l’appel à un “Sociaux parce que catholiques” prend le pas sur les exigences de la défense religieuse, préparant la réconciliation nationale, que devaient hâter les “curés sac au dos”. La tradition donc est lointaine et forte.

Or, en 1940 les forces écrasantes de l’heure, la religion de la race et le “Dieu de la Vic-toire”, sont, pour le général de Gaulle, une résurgence du paganisme athée. Son intuition s’inscrit dans l’idée dont il se fait le héraut au nom de la France. Car il discerne une double forme de “résistance” dans le sursaut du catholicisme français contre « les ténèbres du paganisme » : d’une part, les prières journalières pour la victoire militaire des Alliés sur l’ennemi et, d’autre part, le refus de l’idéologie de la croix gammée opposée à la croix du Christ. Ce que diagnostique l’homme du 18 juin, c’est que viscéralement, par sa “résistance religieuse”, le catholicisme français ne peut qu’affronter l’épreuve : il reconnaît là une force profonde, enracinée dans l’histoire. À une question posée au général de Gaulle, quelques mois après son arrivée à Londres, sur ce qu’il pensait de “l’attitude du catholicisme français dans le drame” de l’heure, sa réponse en mars 1941 était sans ambages : “Ma réponse sera nette. J’affirme en connaissance de cause que le clergé, dans son ensemble, approuve la résistance à l’ennemi [...] il n’est pas un seul de nos sanctuaires d’où ne montent, chaque jour, des prières pour la victoire des Alliés. Comment, d’ailleurs, pourrait-il en être autrement ? Les prêtres de France, comme les fidèles, n’ignorent pas que la croix gammée prétend se dresser en rivale de la croix du Christ et qu’une victoire hitlérienne nous replongerait

Par delà l’effondrement politique et militaire, la menace de l’imprégnation idéologique, morale et spirituelle, du nazisme, considérée comme une atteinte à « l’âme de la France », jaillit en effet d’une “résistance religieuse” profonde chez les catholiques français. Tout le projet de culture, de renouvellement de civilisation — qui, au nom de la foi, vient dans l’entre-deux guerres d’animer le catholicisme français — s’affirme: sa vitalité propre fermente au sein de la génération frappée de plein fouet par la guerre et l’Occupation.

Le “mémoire confidentiel” que le père Henri de Lubac adresse le 15 avril 1941 à ses supérieurs est un texte bien charpenté témoignant d’une perspicacité assez exceptionnelle par le diagnostic porté sur “une situation qui empire en dégradant les consciences”. Et, très largement aussi, une réaction générale sourd au sein du catholicisme français, parfois d’une manière sim-plement implicite, une sorte de flair qui, par son aspect moral et spirituel, rend attentif à l’enjeu véritable de la situation de l’heure : car le nazisme se sert de l’existence et de l’action du gouvernement de Vichy pour y entraîner la France. Et les diverses fondations “missionnaires” effectuées alors par l’Église témoignent en effet du souci qu’a l’épiscopat de l’âme de la France, rendant manifeste que le contexte ne peut que stimuler la vie propre de l’Église et son souci des âmes.

Dans son livre de souvenirs Chrétiens de France dans l’Europe enchaînée, le père Michel Riquet a évoqué l’effervescence multiforme de ce qu’on appelle la “Résistance”. Or, chez lui, l’inspiration et l’engagement dans la “résistance” venaient de la conjonction de l’expérience, qu’il avait faite personnellement de l’Allemagne nazie et d’autre part des réflexions que lui avait inspirées la trilogie des encycliques de mars 1937, Mit brennender Sorge (le 14 mars), Divini Redemptoris (le 19 mars) et Firmissimam constantiam (le 28 mars). Car cette troisième encyclique énonçait les conditions moralement requises pour une légitime subversion politique.

Et, en juillet 1937, le cardinal Pacelli, secrétaire d’État, était venu rappeler à la France sous les voûtes de Notre-Dame de Paris sa vocation de “Fille aînée de l’Église”. C’était rappeler l’héritage chrétien du pays en réponse aux deux totalitarismes athées, auxquels étaient alors confrontés l’Europe et le monde. Cependant, traduite en exigence politique, la source d’une telle “résistance religieuse” ne s’effacerait-elle pas? N’allait-on pas changer de paradigme ? Telle est la grave question qui sous-tend l’exposé que je présente ce soir.

La multiforme “Résistance” chrétienne à l’heure du nazisme

À l’heure de la défaite, plusieurs courants se sont manifestés dans la “Résistance” politico-militaire. La résistance chrétienne introduit certes une note “spirituelle” spécifique par son inspiration. Mais, une inspiration non-chrétienne a pu aussi apporter une réaction de l’esprit. De la sorte, la cause pour laquelle il s’agissait alors de risquer sa vie pouvait différer : pour « celui qui croyait au ciel », il était question de s‘opposer à une idéologie athée; pour « celui qui n’y croyait pas », il pouvait y avoir aussi une autre réaction de l’esprit contre le totalitarisme, une “réaction mentale contre le fascisme” , selon l’expression d’André Tollet.

Cette conjonction de courants d’origine différente dans le même combat devait avoir his-toriquement des conséquences importantes et durables jusqu’à l’heure de la mondialisation. Et pour deux raisons. D’une part, cette expérience avait été une sorte d’apprentissage d’une diversité vécue dans une fraternité spontanée. Mais, d’autre part, insuffisamment assumée par certains Chrétiens, cette expérience entraîna une attitude qui aboutit à ce qui fut appelé “connivences”.

Pour répondre à la question : « Dans l’Église catholique la notion de résistance religieuse existe-t-elle ? », il est donc d’autant plus nécessaire d‘affiner la situation spécifique des Chrétiens dans ce que peut revendiquer la multiforme “Résistance” : elle jaillit de l’intuition, même confuse, « que le bien commun terrestre n’est pas un bien purement terrestre ». D’ailleurs, certains, se référant à Péguy, donnaient même à leur engagement dans la “Résistance” une sorte d’aura de « croisade ». Et le philosophe chrétien Jacques Maritain relevait :

« La société politique peut demander aux personnes humaines de donner et sacrifier leur vie pour elle, comme dans le cas d’une juste guerre. Comment cela est-il possible ? Cela est possible parce que le bien commun terrestre n’est pas un bien purement terrestre. Le bien commun terrestre lui-même enveloppe des valeurs supra-humaines, car il se réfère indirectement à la fin absolument ultime de l’homme, à la destinée éternelle des personnes qui composent dans le temps la société»

Ou, comme l‘écrivait en 1942 le père de Lubac, l’antisémitisme menaçait la conscience ; telle fut la source de Témoignage chrétien, aux textes « soumis à une révision attentive»

« Que l’on songe à l’esprit et au coeur du peuple français, qu’une propagande plus mensongère et plus hypocrite que jamais n’a pas encore réussi à égarer ou à corrompre»

La récente publication de dix-neuf textes du père de Lubac Résistance chrétienne au nazisme, manifeste l’authentique forme de « résistance spirituelle » et même proprement religieuse, que les équipes de Témoignage chrétien ont clandestinement prolongée au risque de leur vie.

Cependant, il faut reconnaître que, chez certains membres de T.C., leur engagement pouvait ne pas toujours rester “à l’état pur”. Car la « résistance spirituelle » de Témoignage chrétien, écrivait François Bédarida, « conduisait tout naturellement à prendre un jour les armes». Or, à propos de cet esprit de croisade, il faut noter la lecture théologique de Charles Journet : dans ce cas, dit-il, « La croix des croisades, levée contre [...“l’infidèle”…], est une croix temporalisée ; elle n’est pas la Croix qui étend ses bras sur l’Orient comme sur l’Occident.».

Pour la foi catholique il est donc nécessaire, de distinguer le fait de sacrifier sa propre vie, d’avec le fait de tuer autrui dans une guérilla aveugle, ou même dans une “guerre juste”. Ici encore la réflexion de Jacques Maritain apparaît approfondie et nuancée. Car le texte que nous venons de citer est précédé d’un passage qui exprime d’une manière forte le préalable requis par le comportement politique de quiconque est soucieux de morale (donc de résistance “religieuse”):

« Si nous croyons que la vraie preuve de la foi en Dieu, ce n’est pas seulement d’être prêt à mourir pour lui, mais, comme certains l’ont dit, à tuer pour lui, pour autant nous suivons l’esprit du monde au lieu de l’esprit du Christ et blasphémons la foi en Dieu. Car tuer pour l’empire est bien la signature de la foi en l’empire païen, mais la suprême signature de la foi en Dieu est de donner sa vie à Dieu, et non celle d’un autre. “Il n’y a pas de plus grand amour, selon la parole du Christ, que de donner sa vie pour ses amis”.»

C’est aussi pourquoi, au-delà d’une approche politico-militaire de la période, il faut aussi reconnaître d’autres situations et d’autres attitudes. Ainsi, l’étude de Limore Yagil, Chrétiens et Juifs sous Vichy (1940-1944), sous-titrée Sauvetage et désobéissance civile , relève l’importance de ces « attitudes », qui, dit-elle, généralement « à caractère individuel», demeurent « oubliées » dans l’historiographie officielle, hypnotisée par le problème du régime de Vichy et de la « Résistance ». D’ailleurs, note-t-elle avec pénétration, « le choix de résister ne signifie pas pour autant que l’on apporte de l’aide aux juifs et que l’on prenne des risques pour les sauver. Ce sont deux attitudes d’esprit différentes qui sont parfois convergentes et parfois divergentes. » Cette auscultation a du moins permis à son auteur de passer d’une histoire « conceptuelle » à une page de l’histoire des hommes . À ce sujet, est significative l’enquête d’une religieuse sur l’attitude de ses aînées et découvrant les ruses employées pour assurer le sau-vetage des juifs et de tous les traqués : elle était amenée à résumer ainsi les témoignages recueil-lis : « Nous n’avions pas de formation politique ; mais nous avions la formation du coeur et nous méditions chaque jour l’Évangile qui nous apprend à aimer notre prochain. Ça ne suffit pas ? »

Cette forme de “résistance religieuse”, attire aussi l’attention sur tous ces “résistants de l’ombre”, évoqués dans un colloque international sur « La nébuleuse du dévouement»

Le courant profond qui sourd dans le catholicisme français, loin de se référer seulement à la libération matérielle du territoire national, suscite donc et alimente des réactions personnelles variées. C’est même la raison pour laquelle tant et tant ont risqué leur vie.

En outre, il faut noter que, chez bien des “résistants” chrétiens, dans des camps de concentration, s’est réalisée la parole de Louis Massignon, que nous inscrivions en exergue de cette intervention : « La vraie, la seule histoire d’une personne humaine, c’est l’émergence graduelle de son voeu secret à travers sa vie publique ; en agissant, loin de le souiller, elle le purifie. » Or ce “voeu secret”, que la proximité avec la mort a rendu manifeste, était de l’ordre d’une “résistance religieuse” proprement dite. Et, dans leurs ultimes moments, ne furent pas rares ceux qui, loin d’en recevoir quelque souillure, ont au contraire accueilli avec courage, voire avec héroïsme, la purification qui s’opérait en eux. C’est ce qu’a connu à Ravensbrück Geneviève de Gaulle et qui s’exprime à travers le bulletin de l’A.D.I.R. De même, il suffit d’évoquer presque au hasard l’abbé Roger Derry, l’abbé Armand Vallée, l’abbé Bernard Ferrand, etc. etc. Ou bien le « Tarcisius de Dachau », Edmond Michelet29, ou bien ceux de Buchenwald et de ses kommandos.

La “Mission Saint Paul” traquée par la Gestapo dans le Reich (1943-1945)

Sans rien retirer à la « résistance religieuse » proprement dite telle que nous venons de l‘analyser, il faut ici s’arrêter spécialement à l’action catholique française au sein des travailleurs civils requis, qui fut persécutée dans le Reich. Car, si faire le sacrifice de sa vie pour la patrie apparaît comme étant le service du « præcipuum inter bona temporalia », on ne saurait méconnaître que, au sens strict du terme, c’est le « summum bonum quod est divinum » qui est la cause propre du martyre (« bonum divinum quod est propria causa martyrii »). Toute la tradition chrétienne l’affirme : “Martyres discernit causa, non poena ” : ce qui fait le martyr, ce n’est pas le châtiment subi, mais la cause de la condamnation infligée ; or, en l’occurrence cette cause fut formulée par le décret de persécution porté d’une manière absolument explicite contre l’: “Activité de l’action catholique française au sein des travailleurs civils français dans le Reich ”.

Parmi les jeunes français requis sous la contrainte pour aller travailler en Allemagne en vertu des lois « françaises » du 4 septembre 1942 (loi souvent oubliée, qui atteignait la seule zone nord) et du 16 février 1943 (qui instituait le S.T.O. pour trois classes d’âge de toute la France, avec un sursis pour les étudiants), tout un apostolat s’est déployé dès l’arrivée dans le Reich des premiers Zwangsarbeiter. Or, pour répondre à leurs besoins spirituels, une assistance religieuse s’est organisée à l’instigation “missionnaire” du cardinal Suhard soutenu par Pie XII lui-même.

Autour de prêtres, souvent clandestinement arrivés comme travailleurs civils dans le Reich pour soutenir les jeunes militants catholiques aux prises avec le nazisme, se sont constituées des « cellules d’Église ». Cette “activité organisatrice » de l’apostolat catholique français, fut par la Gestapo estimée « répréhensible » et taxée de “résistance spirituelle”, et pour cela fut traquée à la suite d’un explicite décret de persécution, qui entraîna l’arrestation et l’incarcération des responsables, avec envoi en camp de concentration jusqu’à ce que mort s’ensuivît.

Dans cet apostolat il y eut une forme spécifique de “résistance religieuse à l’athéisme nazi”. Et, cette page de l’histoire nationale est devenue une page de l’histoire de l’Église. Car, Bruneton, nommé directeur général de la Délégation officielle française (D.O.F.) pour les tra-vailleurs français requis dans le Reich entra dans le jeu du national-socialisme : le 5 mai 1943 il livra à la Deutsche Arbeitsfront, donc à la Gestapo, l’organisation “française” et spécialement l’action catholique. Ce fut souvent une pourriture sociale et morale que la D.O.F. développa ainsi au sein des travailleurs civils. Souvent relayées par les membres de la D.O.F., les diverses sollicitations nazies, auxquelles il fallut résister, furent éprouvées en Saxe comme à Berlin ou à Hambourg, en Rhénanie comme en Silésie, comme aussi jusqu’à l’entrée dans plusieurs camps de concentration.

Or, ces « cellules d’Église » voulaient être, pour les autres, croyants et incroyants, un fer-ment de “résistance” au nazisme : un ferment moral de sursaut spirituel à l’idéologie nazie sans doute, mais aussi, — et à cause même de ce caractère,— un sursaut culturel et social (donc aussi patriotique), pour et avec tous ceux qui partageaient la même communauté de destin. De la sorte, ce fut une oeuvre de salut public ; on y discerne un retentissement social de caractère national, par des moyens souvent très simples, en organisant des visites aux malades ou des séances récréati-ves, en partageant des colis, parfois en facilitant des évasions de prisonniers, ou bien des sabota-ges au travail, voire en répercutant la radio de Londres pour soutenir le moral, etc.

Cette « Mission Saint Paul » traquée par la Gestapo sur le sol du Reich, voulait simplement soutenir les camarades, dans les camps et les « lags ». Ainsi, dit un compagnon de Jean Tinturier à Schmalkalden, ces jeunes avaient à affronter « une certaine révélation du mal […] un mal qui était étranger à nos coeurs de vingt ans ; et pourtant nous pressentions que les racines de cette pieuvre venue d’ailleurs risquaient aussi d’atteindre notre propre coeur. Je me souviens d’une révision de vie, avec Jean Tinturier, dont le thème était : nos relations avec les étrangers. Dans la petite usine où nous travaillions, il y avait onze nations représentées, dont beaucoup de Russes et d’Ukrainiens. Dans notre chambrée, nous avions qua-tre Lithuaniens, à côté trois jeunes femmes belges ; un peu plus loin trois couples de Lettons… Nous étions tous sous la domination allemande ; et pourtant nous avions un mal fou à nous entendre dans la vie quotidienne. La cohabita-tion entre personnes de cultures différentes ne va pas de soi, croyez-moi. C’est pourquoi, nous disait Jean, il ne faut jamais réveiller les vieux démons du racisme qui sommeillent en nous ; c’est trop grave ; c’est criminel [… ] Car il s’agit bien de lutter contre le mal […] Le lendemain de son arrestation, nous avons vu Jean Tinturier entrer dans notre chambrée les menottes aux mains, accompagné d’un homme de la Gestapo, encore jeune, portant sur son écusson l’inscription “Gott mit uns’’ (Dieu avec nous). Tout en m’interrogeant, il me dit qu’il avait été sé-minariste du diocèse de Fulda, mais qu’il avait trouvé un autre Dieu, le Dieu de la Victoire […] Jean Tinturier m’a beaucoup aidé à entrer dans ce combat chrétien. Il était notre aîné, et le responsable de notre groupe apostolique de Schmalkalden ; c’est à ce titre qu’il a été arrêté… En relisant mes lettres de cette pé-riode, j’ai eu la surprise d’y découvrir en germe.ce que j’ai essayé de vivre par la suite comme évêque.

Tout d’abord, l’importance de construire à la base un tissu d’Église. À vrai dire, nous étions partis pour cela en Allemagne. Nous avons très vite suscité en Thuringe des rencontres de toutes sortes, soit chacun dans son secteur, soit en voyageant en fraude : cercles d’études, récollections, et au début, lorsque ce n’était pas encore interdit, des messes pour les Français ; notre bon curé allemand nous y faisait parler, nous les séminaristes […] La foi en Jésus-Christ, ce n’est pas d’abord un enthousiasme facile et factice qui brûle comme un feu de paille, mais le levain dans la pâte. La vie chrétienne, c’est un engagement, un combat à corps perdu.

Nous avions bien du mal à trouver des prêtres français pour nous soutenir. Nous allions en chercher bien loin, en fraude… C’est dire que nous éprouvions l’importance irremplaçable du prêtre… Mais, et ce n’est pas contradictoire, nous avons découvert aussi la nécessité de communautés vivantes qui attendent tout du prêtre… Nous ne disions pas : qu’y a-t-il à faire pour aider M. le Curé ?… mais comment trouver un prêtre pour nous aider dans l’oeuvre missionnaire dont nous avions la responsabilité. Cela change profondément la relation laïcs-prêtres.

À l’époque, nous pouvions communier pratiquement tous les soirs, après le travail, grâce à notre curé alle-mand : quoi qu’il arrive, l’Église et l’Eucharistie dépassent les frontières.

Oui, tout cela a forgé la résistance spirituelle que nous avons essayé de mener pour Jésus-Christ et avec Lui, contre les idoles de ce temps-là. Les nazis ne s’y sont pas trompés : c’est explicitement pour cela qu’ils ont arrêté Jean Tinturier et tous les responsables de notre Mission en Thuringe : “Par son action catholique auprès de ses camarades français pendant son service du travail obligatoire, Jean Tinturier a été un danger pour l’État et pour tout le peuple allemand’’ (mandat d’internement). »

Cette réflexion d’un ancien compagnon de Jean Tinturier laisse voir comment, par sa « résistance religieuse », la foi chrétienne s’opposait au nazisme dans toute la vie. Certes, la véritable grandeur des martyrs n’est pas la grandeur humaine d’un « héros » ; et le témoignage des survivants ne vise pas à l’exaltation d’un héroïsme. Chercher à introduire ces martyrs dans un quelconque Walhalla  consisterait en définitive à réagir comme le jeune nazi qui, changeant de paradigme, avait renié l’héritage de saint Boniface pour devenir disciple du « Dieu de la Victoire ». Pour ces martyrs changer de paradigme ne serait-ce pas méconnaître le caractère spécifique de cette “résistance religieuse” ? La Gestapo la qualifiait de “résistance spirituelle”, et leur fidélité à l’Eucharistie fut même explicitement blasphémée par leurs bourreaux. C’est pour son retentissement concret qu’ont été arrêtés, Jean Tinturier et tous les responsables de cette Mission Saint Paul . Et comme les survivants des martyrs de Lyon de l’an 177, les survivants de la « Mission Saint Paul » ne peuvent que redire : Fratres martyrum sumus (nous sommes les frères des martyrs), « Quant à nous, nous sommes des confesseurs médiocres et pauvres »

En conclusion, dans un bilan historique de la Seconde Guerre mondiale, la réponse à la question : « La notion de résistance religieuse existe-t-elle dans le catholicisme français ? » est nette. Il apparaît en effet que, s’inscrivant dans l’héritage de tout un patrimoine spécifique, la “résistance spirituelle” du catholicisme français au nazisme affronté par Vichy interposé fut multiforme : politico-militaire, humanitaire, mais aussi proprement religieuse, par la diffusion de certaines publications clandestines, comme par l’action de la « Mission Saint Paul », qui a même connu quelques centaines d’arrestations et au moins une cinquantaine de “martyrs” authentiques.

Si André Tollet y reconnaissait une page spécifique de la « résistance. » l’historien peut ici se poser une question : pourquoi, au sein du catholicisme français, la cause de béatification relative à ces victimes de la persécution nazie paraît-elle actuellement bloquée ? Serait-ce en définitive, parce que, au contact des totalitarismes, un changement de paradigme, idéologique et politique, se serait subrepticement introduit dans la mentalité des catholiques français , même si, on reconnaissait que « les hommes sont souvent supérieurs à l’idéologie»

Au sein des mouvements d’apostolat des laïcs on avait déjà relevé une évolution en un siècle (de 1876 à 1976) dans leur passage « De la désacralisation d’une fidélité à une sacralisation des options». Serait-ce de la même évolution qu’il s’agit dans les deux perspectives ? Même si ce n’est pas le lieu d’analyser les étapes ou les causes de ces changements, ni — bien sûr — d’en évaluer les nuances, encore moins de chercher à diagnostiquer toutes les responsabilités, force est du moins de poser la question au terme d’une réponse à la question : « La notion de résistance religieuse existe-t-elle ? » Et c’est même d’autant plus important que le déroulement de cette cause de béatification apparaît comme une sorte de révélateur de cette évolution, — ce change-ment de paradigme entraînant une grave méconnaissance de la réalité historique elle-même. Tel-les sont, en définitive, les très lourdes questions que pose cette intervention.

Doctrine de la Foi et pour les Causes des saints, ainsi que membre du Comité pour les Congrès eucharistiques internationaux. Autant de titres qui donnent un poids particulièrement significatif à son appréciation.


En Sorbonne, le 9 mai 2006

Monseigneur Charles Molette

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30 mars 2011

La libération du camp de Vaihingen en Allemagne

Article et photos empruntés au site : http://www.ecpad.fr/la-liberation-du-camp-de-vaihingen-en-allemagne

Situé au château de Vaihingen entre Karlsruhe et Stuttgart en Allemagne, le camp éponyme fut ouvert en août 1944 avec l’arrivée d’un convoi de Juifsdestinés à fournir la main d’œuvre pour la construction d’une usine souterraine d’armement. Les travaux furent rapidement arrêtés et dès octobre 1944, il est transformé en camp de malades, véritable mouroir dans lequel les camps de la vallée du Neckar envoyaient leurs invalides jugés inaptes au travail. Plus de 3200 déportés polonais, tchèques, roumains, russes et français y moururent en huit mois de l’absence totale de soins et de l’absolue insalubrité des conditions de vie. A l’approche ds troupes françaises de la 5e DB (Division blindée), les SS et les miliciens français décidèrent le 1er avril 1945 d’évacuer le camp vers Dachau, en laissant derrière eux quelque 700 malades intransportables, condamnés à mourir dans les jours suivants. Certains d’entre eux, retrouvés dans un état physique effroyable, furent sauvés le 7 avril par l’arrivée d’une équipe de démineurs de la section Chounet du 49e RI (Régiment d’infanterie). Dès le lendemain, un bataillon médical apportait aux rescapés les premiers secours. L’armée française qui perçut là l’ampleur du processus criminel, dépêcha sur les lieux le maximum de correspondants et de photographes. Entre les jours qui suivirent la découverte du camp et la fin du mois d’avril, de nombreux photographes dont Walrand s’y succédèrent. Ces images, abondamment diffusées par le SCA, relayé par les agences de presse, furent parmi les toutes premières à toucher et à indigner le public français. (1)

Les photographies de Cadin prises le 10 avril témoignent de cette découverte. Outre deux vues générales du château et du camp, on observe une fosse où furent entassés les cadavres de douze prisonniers morts la veille. En présence de quatre notables allemands, un détachement de soldats de la 3e DIA (Division d’infanterie algérienne) rend les honneurs à ces disparus. Des survivants en tenue rayée, dont la plupart sont atteints de typhus, de tuberculose ou de dysenterie, présentent un physique très affaibli. Certains aident au brancardage des leurs et à l’inhumation des corps. Deux médecins polonais déambulent dans le camp, traînant une brouette.

Vaihingen_lib_ration

Les photographies de Germaine Kanova prises le 13 avril témoignent de ce “spectacle horrible et innommable” note-elle dans ses légendes. Les survivants, en tenue rayée, dont la plupart sont atteints de typhus, de tuberculose ou de dysenterie, présentent un physique très affaibli.

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Sous des tentes, ils sont épouillés, désinfectés, nettoyés, tondus, habillés avec des vêtements pris aux Allemands et soignés par des infirmières et les soldats français. Après leur avoir demandé nom, âge et lieu de naissance, ils sont nourris puis brancardés dans des camions qui les conduiront à l’hôpital ou les rapatrieront vers la France. Certains, au corps émacié, sont photographiés dans un dortoir où les détenus s’entassaient à trois ou quatre par châlit. Des cadavres sont inhumés dans des fosses. Une planche indique au-dessus de l’une d’elle l’emplacement de dépouilles juives. Les vêtements souillés sont brûlés au pied d’un des miradors qui entouraient le camp ceint de fils de fer barbelés.

NOTE :
(1) Informations issues de l’ouvrage “Mémoire des camps, photographies des camps de concentration et d’extermination nazis (1933 – 1999)” sous la direction de Clément Chéroux, Edition Marval, 2001.

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28 janvier 2011

LE CAMP DE VAIHINGEN OU LE CAMP DU REPOS ETERNEL

Extrait de "Histoire d'un déporté", de Pierre Ropiquet et Maryline Renaud.

Voir http://etab.ac-poitiers.fr/coll-coulonges/IMG/pdf/histoire_de_M_Ropiquet_par_M_Renaud.pdf

"A mi-chemin entre Karlsruhe et Stuttgart, à quelques kilomètres de la France, se trouve le petit village aux toits rouges de Vaihingen. Derrière le village, entouré de barbelés avec un mirador à chaque coin, c'est le camp de Vaihingen, le soi-disant camp de repos, installé au fond d'une vallée. Ce camp qui ressemble d'apparence aux autres est composé de 20 baraques environ. Mais ici on ne tue pas : il n'y a pas de chambre à gaz, pas de four crématoire, pas de chambre de torture comme on peut en trouver ailleurs.

Ici on meurt de faim ou d'épuisement, on meurt de fièvre ou de maladie, on meurt doucement, on s'éteint. La population du camp s'élève à 1500 détenus, et régulièrement la population est renouvelée par de nouveaux contingents.

Comment se déroule votre arrivée ?

— Nous arrivons d’abord à un baraquement un peu à l’écart du camp, où nous nous déshabillons pour nous doucher et être désinfectés. Puis c’est la sélection : il y a le groupe des valides dont je fais partie et celui des grands malades. Ceux-ci, complètement dévêtus, et conduits dans une baraque dans le fond du camp, couchent à même leur paillasse. Dans cet endroit, la mortalité est très importante.

— Quelle impression vous donne ce camp de repos ?

— J’ai tout de suite une mauvaise impression, je pense très vite que nous sommes dans un camp de repos …éternel…

— C'est un camp qui accueille tous ceux qui ne peuvent travailler dans les camps voisins. Les déportés ne travaillent pas, ils attendent avec pour principal souci de récupérer une nouvelle gamelle. Nous devons la troquer contre des portions de nourriture auprès des détenus les plus anciens.

— Etes-vous toujours infirmier ?

— Je ne suis plus infirmier car à Vaihingen ils ne m’ont pas accepté parmi eux et je suis resté un certain temps parmi les malades. Tous les postes clés (chef de camp, secrétaire, docteurs, dentistes, kapos etc) sont occupés par des Polonais … Avec ma nationalité française, je n'ai aucune chance.

— Que font-ils des cadavres s’il n’y a plus de fours crématoires ?

— Un kommando transporte les cadavres à l’extérieur du camp pour les déverser dans les fosses communes.

Nous sommes arrivés à 240 le 20 décembre et le jour de la libération du camp, le 8 avril 1945, nous ne sommes plus qu'une trentaine."

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24 janvier 2011

Vaihingen

Le "camp de la mort" de Vaihingen, mai 1945.

Au cours de son avance sur la rive droite du Rhin, la 1ère Armée Française a libéré le 8 avril 1945 le camp de concentration de Vaihingen Klein Slattesbach.

Nous avons voulu le voir, comme nous avions vu Strutthof. Un dimanche matin, en compagnie d'un officier du cinquième bureau de l'E.M. de la 1ère Armée, nous sommes partis en direction de Stuttgart pour nous arrêter, après une heure d'auto, devant une immense carrière de pierres à ciel ouvert qui borde la route Carlsruhe Stuttgart, et dont l'arête nue est surmontée de grues, de bâtiments en planches, de cheminées. C'est derrière cette carrière, dans un étroit vallon, que les Allemands avaient installé ce qu'on a appelé "le camp de la mort", pour reprendre une expression il est bien vrai désuète, mais, hélas, bien vraie […]

On y pénètre par une large porte où flottent encore les lambeaux d'un drapeau de la Croix-Rouge et tout aussitôt on se trouve en contact direct avec des habitations en bois où des hommes ont subi le martyre le plus atroce qu'on puisse imaginer. Dès les premiers pas à l'intérieur de cet enfer où, hier encore, des malheureux, pauvres loques humaines, mouraient dans des conditions inimaginables, une odeur de cendres, de lysol, de latrines et de cadavres bous saisit. Instinctivement nous cherchons à gauche et à droite, dans ces allées bordées de baraques maintenant vides, dans ces allées gluantes, parmi ces caisses, ces seaux, ces casseroles, cette vaisselle, ces lits démantelés, ces couvertures puantes d'odeurs fétides qui jonchent le sol, les squelettes que les services de la Croix-Rouge n'auraient pas encore pu enlever. C'est bien de squelettes qu'il faut parler, et non pas de cadavres. La science criminelle nazie à Vaihingen, ce fut, non pas d'abattre d'un coup de revolver dans la nuque els pauvres gens que les SS tenaient entre leurs mains, mais de les avoir fait mourir à petit feu, de les avoir torturés jusqu'au moment où ils n'avaient plus aucun souffle de vie, de les avoir affamés, de les avoir affaiblis suffisamment pour que les dernières bastonnades, les dernières flagellations les fassent s'écrouler  comme des masses inertes dans les couloirs de leur prison ou sur cet escalier de ciment large de trois mètres qui mène au local des douches.

Encore une invention perfide que ce local de douches ! Une invention du diable parce qu'elle n'a jamais servi qu'à exciter l'envie de ceux que la vermine rongeait et que la fièvre dévorait. Ce local est muni de fontaines, de robinets, de lavoirs. Il y a même une baignoire et un écriteau : "Den Waschraum nicht verunreinigen" (ne pas salir la salle d'eau). La baignoire n' jamais servi.

Six cent cinquante prisonniers environ, de toutes nationalités, mais en particulier 150 Français, ont été délivrés avec l'arrivée de la 5e DB, 650 parmi lesquels les docteurs Walz, Junginger et le maire de Vaihingen (rapport n° 20/4 GM du 8 avril 1945) ont découvert 100 convalescents, 20 cas de typhus exanthématique, 80 cas de tuberculose. […]

Le camp de Vaihingen, c'était bien, comme on l'a dit, un lot de maudits. Devant ses baraques, verdâtres, longues, basses, toutes semblables, le lieutenant Clouet, qui fut un des premiers dans ce vallon tristement célèbre, m'a dit : "Quand des éléments de la 5e DB ont libéré Vaihingen, ce sont des cadavres ambulants que nous avons rencontrés, des cadavres avec des mains immenses, des yeux fiévreux au fond de leurs orbites, des cadavres dont les membres étaient couverts de plaies. Tous ne sont pas venus à notre rencontre, ils n'ont pas pu sortir de leurs grabats : ils n'ont pas trouvé la force de se traîner vers nous. Ils nous ont simplement souri; mais leurs sourires étaient des rictus. Certains qui ont essayé de se lever, de faire quelques pas, se sont tout à coup affaissés, attendant que des camarades presque aussi malheureux qu'eux viennent les relever. Là, sur cet escalier, nous avons libéré une vingtaine de jeunes gens qui se chauffaient au soleil. Vision d'épouvante car ces hommes n'avaient plus que des os recouverts d'une peau grise, écailleuse".

P. Calame

La Gazette de Lausanne, 11 mai 1945.

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18 janvier 2011

Haslach-Barbe 3

Lettre de Monsieur de La Chapelle au Ministère des Anciens Combattants.

Paris, le 4.5.49

Monsieur, je viens vous rappeler une lettre que j'ai écrite concernant le charnier de Haslach. Vous m'avez répondu en me donnant la référence ci-contre en marge.

J'ai eu l'occasion par la suite de me trouver en Allemagne avec une colonie de vacances dans le courant de l'été 46.

J'en ai donc profité pour me rendre à Haslach le 13/9/46 et suis précisément arrivé au moment de l'ouverture du charnier.

Le colonel Rocaut chargé des recherches, auquel je me présentais comme ancien détenu du camp, me demanda de faire un rapport sur Haslach.

Le 16/9/46, je revins à Haslach assister à la cérémonie des funérailles de tous les corps retrouvés, qui furent inhumés à côté du cimetière du village. La cérémonie était présidée par Monsieur Perrera, Administrateur Délégué du pays de Bade, et par le Général Dassonville, et fut accompagné d'un défilé de troupes.

Chaque corps exhumé de ce charnier a fait l'objet d'un rapport individuel notant toute particularité pouvant le faire reconnaître. Chaque fiche possédait un numéro correspondant à celui porté sur le cercueil. Vous devez actuellement certainement posséder ce fichier au ministère.

Tout ceci pour circonscrire les recherches que je vous serais reconnaissant de faire concernant un de mes camarades disparu, qui, selon toute vraisemblance, serait mort à Haslach.

Voici les renseignements que je possède, ils sont maigres mais le nombre des morts étant relativement peu élevé, environ 500, il y a quelques chances de le retrouver.

B... M...

né le ...22

brun. taille 1m68. une dent en or (prémolaire ?)

Nous avions tous les deux fait partie d'un transport parti le 8.12.44 de Flossenbürg et dénommé Natz. Barbe, en réalité destiné à Haslach.

Croyez, Monsieur, que je vous suis profondément reconnaissant des recherches que vous ferez concernant cet ami, qui me permettront de retrouver sa tombe.

Veuillez agréer…

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